Fräulein Else

Pour commencer cette nouvelle rubrique dédiée à la littérature, j’ai choisi de parler d’un livre que j’ai découvert sur le blog de la talentueuse Diglee, auteure de BD et illustratrice qu’on ne présente plus. Fräulein Else (Mademoiselle Else dans sa traduction française) est une longue nouvelle d’un auteur au nom imprononçable mais néanmoins brillant Arthur Schnitzler publiée en 1924.

Attention spoil, Mademoiselle Else fini mal.

Bon ok, le spoil n’est pas non plus trop gros sachant qu’on comprend dés les premières pages que l’histoire n’est pas destinée à une fin heureuse digne d’un Disney. Laissez moi vous raconter le début de cette histoire…

Une jeune femme, tout juste sortie de l’adolescence, elle a diix neuf ans, passe des vacances avec son cousin en Italie, au bord de la mer. L’auteur nous fait comprendre en quelques mots que les journées s’enchainent au rythme des parties de tennis et des diners. Mais il ne s’agit là que du cadre général de l’histoire. Le véritable sujet du livre est ailleurs. Le drame, puisqu’il s’agit bien d’un d’un drame, est presque littéralement annoncé par le télégramme qu’Else reçoit de la part de sa mère un soir en rentrant à l’hôtel. Sa mère, restée à Vienne, lui annonce que les placements financiers de son père les a ruiné et que pour le sauvé de la prison et permettre à la famille d’être sauvée de la pauvreté, ils doivent trouver 30 000 guldens. N’ayant trouvé personne à Vienne pour les aider, elle demande à la jeune fille d’aller parler à un certaine Monsieur Von Dorsday, un ami de la famille, qui de part sa grande richesse pourrait les aider et qui réside justement à l’hotel à ce moment même.

Else est alors partagée entre la honte et le besoin d’aider sa famille, choisissant finalement son devoir. Là où l’histoire se complique c’est au moment même de cette demande, l’ami de la famille posant une condition faisant passer Else dans un questionnement sans fin où elle hésite entre protéger sa famille et préserver sa vertu, Von Dorsday, lui ayant demandé de se montrer complètement nue devant lui pour avoir l’argent. Le problème est d’autant plus épineux pour Else que cet homme au physique peu gracieux et qui a largement l’âge d’être son père la dégoute bien qu’elle ne puisse s’empécher presque malgré elle de penser à le séduire, consciente de sa propre beauté.

Je ne saurai aller plus loin dans le résumer de ce livre sans en raconter le dénouement.

Ce très court récit, rédigé à a première personne du singulier, nous fait entrer dans l’esprit plus que complexe d’Else partagée entre les moeurs de son temps et ton devoir. Ce qui m’a le plus interessé dans cette nouvelle c’est la façon dont l’auteur a construit la personnalité de Else. Elle est à la fois superficielle et responsable, pudique et séductrice, consciente de la réalité tout en ayant un goût prononcé pour le tragique et la théâtralité. Le lecteur pénètre dans l’esprit de la jeune femme grâce à un style rapide, composé de phrases courtes qui retranscrivent le tatonnement de la pensée en mouvement. La brièveté du récit participe à cet effet. L’action se déroule en une soirée, l’unité de temps favorisant elle aussi cet effet d’ouverture dans l’esprit.  La quasi absence de description n’empêche pourtant pas de voir ce qui se passe sous les yeux de Else. On voit à travers elle, on ressent ce qu’elle ressent on partage ses souffrance, ses doutes, ses regrets…

A mon sens ce roman est fait pour être lu vite, en une soirée, sans musique, sans bruit afin d’apprécier pleinement cette plongée dans l’esprit humain torturé.

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A propos Aurore Drouhin

Doctorante en histoire de l'art médiévale, Aurore aime autant admirer les sculptures romanes et gothiques que les nerdy nummies. Pocahontas des temps modernes, elle apprécie de découvrir, au détour de la rivière, de nouvelles expériences artistiques et sensorielles. Spécialisée dans l'étude des images de dévotion sculptées, elle s'intéresse autant à la chrétienté du monde occidental qu'au Dieu de Battlestar Galactica. Elle aime parcourir le vaste monde du spectacle vivant à la recherche de projets innovants, ses bottines pailletées vissées aux pieds. Pour cette passionnée de phénomènes inexplicables, parler d'art ne se limite pas seulement à analyser froidement des formes et des couleurs, il s'agit de raconter une expérience sensible...

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