Dans ta D*Face

Stolenspace Gallery est une salle d’expo située juste à côté du marché de Brick Lane, dans l’Est londonien. Cette galerie présente toujours de très bonnes expos, et il est honteux de ma part d’avoir attendu tout ce temps pour lui accorder une review.

J’ai déjà décrit les quartiers de Brick Lane et Shoreditch comme de hauts lieux du Street Art londonien, notamment lors de mon article sur Pure Evil Gallery – elle-même gérée par un grand nom du milieu. C’est une autre célébrité du genre qu’accueille Stolenspace ce mois-ci : D*Face, en fait fondateur de cette galerie en 2005, connu mondialement pour son Street Art inspiré de la culture populaire, des comics (façon Roy Lichtenstein, en glauque) et pour sa démarche incitant les gens à regarder ce qui les entoure plutôt qu’à se contenter de le « voir ». Son motif le plus facilement reconnaissable est son « dog », sorte de balle blanche aux yeux triangulaires et à la langue pendue, mini ailes/oreilles et quatre mini pattes-knacki, représenté à la fois en fresques, en toiles, mais également en sculpture, comme celle que l’on peut voir à quelques pas de Stolenspace, prétendant être tombée du ciel droit sur une voiture parquée… sur un toit ? Peu importe après tout, je ne suis pas du genre à chercher systématiquement de la logique en toute chose, et encore moins dans le monde de l’art. Mais venons-en – enfin – à cette expo.

The New World Disorder, première expo londonienne de D*Face depuis cinq ans, est riche de productions comme de sens, reflet de son travail de critique du consumérisme et de la bizarrerie croissante de la culture populaire – ce qu’il appelle « aPOPcalyptic art ». Au-dessus de la porte principale, un panneau de cinéma à l’ancienne nous invite à découvrir « The End of an Era », lié aux idées de « New World », mais peut-être est-ce un peu optimisme de croire que le matérialisme prendra fin avec la crise… Ma foi, tant d’interprétations de ce titre seraient possibles qu’il est peut-être dangereux de s’aventurer à surinterpréter. Nous nous apprêtons à passer cette porte lorsque l’on nous indique une porte adjacente, habituellement close, comme étant l’accès à la première partie de l’expo.
Très bien, nous prenons donc l’escalier – forcément tagué, histoire de se mettre dans l’ambiance – et arrivons dans les premiers espaces, accueillis par un clown glauque à droite et un superman dépressif à gauche. Par quel côté commencer ? Prenons à droite. Une vidéo présente la performance de l’artiste combinant sa passion du skateboard et celle de la peinture, et un carnet de dessin fait office de livre d’or. « Draw something ! » Okay, va pour une zombie rockabilly. Complètement raccord à ce que nous présente la pièce adjacente : une histoire d’amour sur toile entre un type tué à moto changé en zombie (ou en vampire) et sa blonde petite amie. Quoi que les jeunes femmes représentées ne sont jamais la même personne… L’esthétique de cette série est très proche de celle de Roy Lichtenstein. De l’autre côté, les murs présentent des pochoirs – ou « stencils », comme ça devient la mode de les appeler aussi ainsi en France – des toiles de Dogs, et deux installations : un Snoopy-squelette et une Mort à moto. ‘mazing.
Go back to the left side. Ici se trouvent plusieurs installations : la première consiste en panneaux pivotant sur quatre faces destinés à former un visage, encore empreints de l’esthétique comics. Puis une pièce blanche à poids noirs du sol au plafond, où l’on retrouve des peintures-zombies, avec au centre ce que je suppose être une machine à créer des stencils – mais je n’en sais rien, donc ne me croyez pas sur parole ; cette supposition est née du fait que l’expo se veut une entrée dans l’atelier de l’artiste – et au plafond, des… des ballons à l’hélium en forme de Dog, que j’ai pris pour des tortues à la base, oui. Ensuite, un couloir bordé de skates customisés nous emmène dans un véritable b*rdel inspiratoire – faute de trouver une meilleure appellation : Peintures et sketches sur les murs, longues tables couvertes d’objets utilisés ou créés par l’artiste (dont ses fameux fake bank notes), des dalles customisées au sol… Une autre vidéo plus technique nous montre d’ailleurs une street-situation durant laquelle l’artiste insère l’un de ses pavés sur un trottoir (entre autres). Enfin, un tour par de vieilles toilettes vraisemblablement désaffectées,  décorées de tags et de stickers à l’esprit humoristique pipi/caca, et nous voilà redescendus, direction l’espace d’expo habituel.

L’endroit est plus sombre, plus silencieux, mélange de freak show et de temple au consumérisme mort… Face à la porte, un autel recouvert de jouets en plastique, du genre lego ou de ceux que l’on trouve dans les kinder surprise, surmonté de 6 cadres disposés en croix chrétienne, eux-mêmes entourés de deux draps jaunis et déchirés prônant « The new world disorder »… Le reste de la salle est occupé de casques de soldats, de planches de skateboard atypiques et de battes de baseball customisées – celle aux couleurs de Coca-cola, changé en « riot » et entourée de barbelés reste ma favorite. Une autre représentation de la mort, relaxée, dés en main et portant l’Union Flag se tient un peu à l’écart. Une dernière vitrine nous présente un bric-à-brac d’objets originaux – comme un crâne détourné en balle de baseball portant l’inscription « Guided by voices »…

Enfin nous sortons, et c’est là que je remarque l’ultime installation : une vieille télé cathodique prétendument jetée par la fenêtre au carreau brisé du premier étage, et je souris. Car l’univers de cet artiste est tellement proche de ma vision du monde, de cette idée de se marrer en sachant précisément que la société n’est pas marrante, endormie et qu’elle a tendance à se tirer vers le bas… A cause de l’impact de la télévision, notamment. Alors on se sourit avec cette amertume blasée, reprenant notre promenade à travers Brick Lane bondée, l’impression que contrairement à tous ces gens, on sait.

The New World Disorder, expo du 7 au 23 juin 2013
http://www.stolenspace.com/

STOLENSPACE GALLERY
Dray Walk, The Old Truman Brewery
91 Brick Lane
London E1 6QL
United Kingdom

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A propos Al'

Exilée outre-manche, plongée dans ces cultures alternatives dont elle se targue de faire partie, Alice, ou Marion, ou Leopold traine les rues londoniennes telle un Jack l’Eventreur aux intérêts esthétiques et artistiques quasi schizophrènes. Spécialisée dans le XVIIIe siècle et l’époque victorienne, addict au street-art contemporain et aux églises médiévales, passionnée par les lieux de création atypiques (les pubs ?) et les médias pas toujours reconnus comme artistiques (les jeux vidéo ?), n’en concluez pas pour autant qu’elle n’est qu’une punk-nerd-alcoolique : c’est presque faux, elle prépare aussi son futur doctorat :).

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