Cross my Heart&Hope to Die

Je ne reviens pas souvent en France, mais lorsque c’est le cas – et que l’on n’est pas en période de vacances de Noël – je passe systématiquement à Spacejunk Art Centers, que ce soit celui de Lyon, celui de Grenoble, ou les deux. L’exposition installée à Spacejunk Lyon début avril m’enchanta particulièrement en ce qu’elle était consacrée à un artiste dont j’apprécie énormément le travail : Nicolas « Odö » Le Borgne.

Cet artiste appartient totalement au mouvement Lowbrow (littéralement « front bas »), apparu dans les années 70 aux Etats-Unis, branche fun et alternative du Pop-Surréalisme, consistant à utiliser et réinterpréter des codes de la culture populaire. Odö se fait une spécialité dans la représentation d’icônes diverses – déités, motif de la pin-up, personnages de dessins animés – déstructurées à travers divers filtres tels que la culture old school navy, les subcultures interlopes et évidemment le tatooing qui imprègne ces milieux alternatifs. L’artiste évoque d’ailleurs dans le catalogue d’exposition son désir de s’essayer au tatouage.

Son esthétique est très particulière, principalement caractérisée par des réseaux de traits fins d’une minutie incroyable qui donnent à ses œuvres un mouvement sans pareil – voire même un côté psychédélique. Sa recherche du détail semble obsessionnelle, qu’il s’agisse de la composition de ses dessins – ou comment passer une heure devant un format A3 sans s’ennuyer ni paraitre hypnotisé – ou de sa technique en elle-même. Absolument tout est détaillé, et certains crieront à la surenchère, mais en ce qui me concerne – et donc d’une manière très subjective – je dirais que son travail ne peut se dissocier de ce double aspect « Create&Destroy » qu’il décrit lui-même en interview. La surcharge de ses fonds noyant ses figures fait partie de son processus créatif, et ses œuvres n’auraient pas la même profondeur sans cela. Sans doute seraient-elles trop faciles, leur lecture trop rapide… Je suis plutôt du genre à aimer revenir sur une œuvre pour y découvrir un détail qui m’aurait échappé, offrant une interprétation nouvelle à l’ensemble. Sans doute est-ce la clé : l’art d’Odö reste complètement surprenant d’une observation à l’autre.

Mais ce n’est pas uniquement sa technique qui rend cet artiste intéressant. Les sujets qu’il aborde sont pour la plupart accessibles à tous. Evidemment, bien que chefs-d’œuvre techniques, des productions comme Betelgeuse ou  Andromedia marqueront moins l’esprit de certains visiteurs en ce qu’elles ne sont pas figuratives, mais ses représentations déstructurées de personnages de Disney ou de dessins animés comme Les Simpsons ne peuvent qu’interpeler le visiteur qui connait leur forme originelle par cœur – qu’il apprécie ces programmes ou non, d’ailleurs. Réinterprétés selon une vision alternative souvent complètement destroy, Bloody Minnie prend des allures de gangsta énervée sous LSD, un Serial Schtroumpf prône fièrement « punk is not dead », ses Mickeys n’oublient jamais de rendre hommage à Minnie dans les tatouages qu’ils arborent… Mon préféré est sans doute Smells Like Teen Spirit en ce qu’il représente complètement l’état de ma propre adolescence avec le combo Bart Simpson/fumée/évasion/apathie, sans oublier le titre en lui-même, car pour ma génération Nirvana étaient des dieux.

Il est injuste de ne pas mentionner ses superbes pinups et personnages féminins emprunts de cette atmosphère de navy qui imprègne son travail, ni de nous arrêter sur ses compositions de plumes et de branches terriblement précises, ou même ses entrelacs de lignes complètement abstraits… Mais son œuvre est tellement riche qu’il m’a fallu sélectionner, pour que ce billet de blog ne devienne pas un (mauvais) catalogue d’expo en lui-même. Si vous voulez découvrir tout ce que je n’ai pas détaillé, passez à Lyon, il est exposé jusqu’au 11 mai.

Fondées il y a une dizaine d’années par le commissaire d’exposition Jérôme Catz (que j’ai eu la chance de rencontrer complètement par hasard dans un avion à la toussaint et qui est certainement l’une des personnes les plus intéressante et les plus humble du monde de l’art contemporain français qu’il m’ait été donné de rencontrer), les galeries Spacejunk présentent des artistes alternatifs, pas toujours connus, et porteurs d’esthétiques novatrices et originales inspirées du Street Art, du Tatooing, du Pop Surréalisme… Leur système d’exposition passant d’un espace à un autre est des plus intéressants en ce qu’il permet une diffusion de l’art plus large, et donc une meilleure accessibilité à ces genres encore trop peu présentés.

Spacejunk Lyon
16, rue des Capucins
LYON 69001 – France

Ouvert au public :
Du mardi au samedi de 14h à 19h30
Entrée libre

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A propos Al'

Exilée outre-manche, plongée dans ces cultures alternatives dont elle se targue de faire partie, Alice, ou Marion, ou Leopold traine les rues londoniennes telle un Jack l’Eventreur aux intérêts esthétiques et artistiques quasi schizophrènes. Spécialisée dans le XVIIIe siècle et l’époque victorienne, addict au street-art contemporain et aux églises médiévales, passionnée par les lieux de création atypiques (les pubs ?) et les médias pas toujours reconnus comme artistiques (les jeux vidéo ?), n’en concluez pas pour autant qu’elle n’est qu’une punk-nerd-alcoolique : c’est presque faux, elle prépare aussi son futur doctorat :).

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