Les Alpes de Doisneau

Bravant la tempête de neige (oui oui la tempête !), le week end dernier j’ai été voir la dernière exposition du musée de l’Ancien évêché, lieu que j’apprécie particulièrement.

Une exposition qui m’a beaucoup surprise. Sobrement intitulée Les Alpes et Doisneau, je m’attendais à voir les clichés publicitaires de l’artiste ou des photographies de reportages (comme à mon habitude je ne m’étais pas beaucoup renseignée avant de m’y rendre afin de préserver l’effet de surprise). Effectivement, certaines parties sont réservées à ce type d’images, mais l’exposition permet également de découvrir des photographies beaucoup plus personnelles…

Je ne m’attarderai pas sur les photographies publicitaires ou sur les images de reportages, car, bien qu’elles présentent un intérêt historique certain et qu’elles témoignent du travail professionnel de Doisneau, elles ne m’ont pas véritablement touchées. Les textes d’explications de l’exposition (concis et agréable à lire soit dit en passant), m’ont d’ailleurs appris que l’artiste appelait ces images de reportage des « photos biftecks ».

La partie de l’exposition, intitulée « Maurice Baquet Professeur de Bonheur », est consacrée à des photo-montages. On retrouve sur ces planches toute l’espièglerie de Doisneau et du musicien Maurice Baquet. Les deux amis se sont en effet amusés à intégrer le violoncelle sur les pistes de ski, créant ainsi des scènes de concert au milieu du massif du Mont Blanc. L’un des visiteurs, certainement surpris par la finesse de l’assemblage, a été jusqu’à dire « c’est bien fait, dire qu’il n’y avait pas photoshop à l’époque… ». Outre la performance technique, j’ai été agréablement surprise par la douceur et la drôlerie de ces images.

Violoncelle prend deux ailes, Chamonix, 1957

Les « photos de familles » présentées dans cette exposition sont elles-aussi amusantes. Mais pas seulement, j’ai apprécié d’avoir l’impression d’ouvrir un album de famille. Moments privilégiés entres proches, elles sont le témoignage d’une époque où l’on appelait encore les dames agées Mademoiselles (Mademoiselle Gagnière dans sa mercerie, vacances à Laffrey (Isère), Hiver 1961). Le rôle joué par les deux filles de l’artiste, Francine Deroudille et Annette Doisneau, dans le choix des images exposées, n’est certainement pas étranger à cette sensation d’intimité. Doisneau est l’un des photographes les plus appréciés et les plus connus des français, il est peut être également l’un de ceux qui a su capter l’image de la France et des français (entre autre chose bien évidement). Pendant cette exposition j’ai également découvert le goût de l’artiste pour le terroir, les gens qui vivaient dans ces montagnes. Le « photographe-ethnologue », comme le nomme le musée, sait encore une fois faire preuve d’humour dans des clichés toujours juste, bien qu’il s’agisse d’une commande pour la revue Regards. Un cliché a tout particulièrement retenu mon attention, « l’instituteur menuisier à ses heures, dans sa salle de classe », photographie prise en 1947, où l’on voit à l’arrière plan un homme en train de raboter une pièce de bois, au premier plan des bancs d’écolier sans élèves, le tout dans une pénombre rassurante. Des instants simples et pourtant précieux captés dans un village alors qualifié de « plus haut de l’Europe »), des images qui pour ma part, m’ont rappelé mes grands parents. Des photographies qui sont les témoins d’un autre temps, époque qui au travers de ces clichés semble plus légère, plus simple mais aussi où le progrès technique transparait, tant dans les éléments qui sont présentés (je pense notamment aux publicités mettant en scène des voitures) que dans la technique photographique en elle-même.

Comme nous le dit le si bien conçu « Petit journal » du musée, les photographies prisent pendant les vacances de l’artiste et de sa famille à Laffrey, « raconte le papa, le mari et l’ami tout autant que le photographe professionnel ». Sans même avoir lu ces lignes au préalable, c’est très exactement la sensation que j’ai ressenti. Hormis les images issues de la publicité et de reportage, j’ai eu l’impression de feuilleter un album de famille, certes avec des photos bien plus belles que celle du photographe lambda, ces clichés reflètent l’affection du photographe pour sa famille et ses amis. Cependant il ne faut pas se laisser piéger par l’idée de l’instantané. En effet, Doisneau a fait poser tous ses modèles pour prendre ces clichés. Tout est pensé, de la lumière aux positions des « personnages », il s’agit de véritables mises en scène d’image de vie. C’est certainement ce qui fait véritablement la différence entre ces images et celles de nos (grands-)parents. Néanmoins, à mon sens tout du moins, la réflexion de l’artiste autour de l’image ne remet nullement en cause « l’authenticité » de ces clichés, peut être même ces mises en scène permettent-elles de renforcer les émotions que l’ont aurait juste perçu sans elles. Malgré tout, ce sont les Alpes qui sont au cœur de l’exposition et ce sont surtout elles que l’on découvre à travers ces images de vacances, de jeu elles deviennent décors de publicité, cadre de vie d’un certain type de population (et des moutons concernant les photos de transhumance). Des montagnes qui sont donc vivantes et animées.

Une exposition à la fois publique et intime, amusante et touchante, qui permet de découvrir autrement le célèbre auteur du « Baiser de l’hôtel de ville » (1950).

michel_doisneau

Le rêve du petit Michel, Megève, 1936

http://www.ancien-eveche-isere.fr/2655-expositions-a-venir.htm

Musée de l’Ancien Évêché
2, rue Très-Cloîtres
38000 Grenoble

Entrée gratuite pour tous, tous les jours
Lundi, mardi, jeudi, vendredi de 9h à 18h
Mercredi de 13h à 18h
Samedi et dimanche de 11h à 18h

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A propos Aurore Drouhin

Doctorante en histoire de l'art médiévale, Aurore aime autant admirer les sculptures romanes et gothiques que les nerdy nummies. Pocahontas des temps modernes, elle apprécie de découvrir, au détour de la rivière, de nouvelles expériences artistiques et sensorielles. Spécialisée dans l'étude des images de dévotion sculptées, elle s'intéresse autant à la chrétienté du monde occidental qu'au Dieu de Battlestar Galactica. Elle aime parcourir le vaste monde du spectacle vivant à la recherche de projets innovants, ses bottines pailletées vissées aux pieds. Pour cette passionnée de phénomènes inexplicables, parler d'art ne se limite pas seulement à analyser froidement des formes et des couleurs, il s'agit de raconter une expérience sensible...

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