Gloomy Christmas.

Strength within you, not without you. The new church needs you.”

(The Adverts, New Church.)

J’ai déjà évoqué mon attrait pour les coins les moins touristiquement arpentés et la création artistique un peu sauvage, inhabituelle ou alternative qu’on peut y trouver… La Signal Gallery se trouve une nouvelle fois dans l’Est Londonien, et n’est pas des plus connues – si mon souvenir est bon, on ne la trouve même pas mentionnée sur les plans, contrairement à d’autres. Quartier plus ou moins désert même un samedi à 17h. Au milieu d’une rue, une enseigne moyennement visible. Devant la porte, deux types en blousons de cuir badgés, bière à la main et clope au bec. On passe la porte, descend dans la… cave ? le sous-sol réaménagé du bâtiment en tout cas, et la cage d’escalier porte déjà des peintures que l’on peut supposer permanentes. Avant-goût des plus satisfaisants pour l’ex-chasseuse de pochoirs et autres affiches à messages que je fus pendant mes années grenobloises…

Au pied des marches une petite foule – dans la mesure de ce que peut contenir la pièce principale – sur la droite un bar, et un type qui trimballe des cannettes de bière dans un grand sac. Et au fond de la pièce, un groupe : drums, gratte, violon électrique, style victoriano-steampunk, mais dans le doute évitons toute réelle catégorisation. On découvrira a posteriori que nous sommes juste bien tombés, en plein le jour de l’event “A very nasty Black Xmas Bazaar”. Joie.

Dans ces conditions, évidemment, dur de voir l’expo « normalement », quoi qu’il s’agisse sans doute de l’un des meilleurs moyens d’apprécier à sa juste valeur quelque chose d’aussi peu conventionnel. On retiendra en premier lieu, comme à titre de cadeau de Noël, le travail de Dale Grimshaw – décrit comme un « sombre et lunatique gallery/street artist avec un passé de punk », selon le website officiel de la galerie – qui a réalisé une œuvre sur place, sous nos (mes) yeux ébahis. Transformant à la bombe un visage précis et stylisé, en noir et blanc à l’acrylique, en demi-crâne, sorte de vanité alternative. M’arrachant l’auto-promesse d’apprendre à peindre à la bombe, moi aussi.

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Si la galerie favorise l’art figuratif, les médiums utilisés par les différents artistes sont pluriels. Gaye Black – « la légende elle-même ! » – présente une installation et des collages peints et laqués à la résine, dont le plus significatif est Misfortune: Mr Baubleheads X mas, mix de symboles chrétiens, de rappels au temps, à l’enfance et la mort. Jowe Head – « punk légendaire de l’influent groupe Swell Maps » – présente une sculpture dorée, Blitzen the Stag, cerf au corps humanoïde aux parties génitales singulièrement mises en valeur. Plus proche de l’art chrétien sont le diptyque de Brian P. – « extraordinaire artiste australien » – Fastfood Mesiah et St Ronald, détournement d’images de saints en promoteurs de la malbouffe, le triptyque I am the death machine de Jason Atomic – « créateur de bandes dessinées à Londres et bien plus » – ou encore le diptyque à l’huile sur bois (pour ne pas dire plateau de table basse) Undead, de Wreckage International – « de la Mutoid Waste company », collectif produisant un « art mécanique post-atomique », à l’esthétique cyberpunk, steampunk, complètement alternative en tout cas, qui a par ailleurs participé à la cérémonie de clôture des JO cet été – présentant un Christ « zombiefié » à l’auréole dorée, poitrine ouverte sur son cœur en gloire – et prêt à vous dévorer. Mentionnons encore Carrie Reichardt – « potier et mosaïste renégat » – et ses détournements d’assiettes de noël, ou ses céramiques de Marie, en Santa Morte, et du Christ, en putto imprimé « mad in England ».

Nous pouvons conclure aisément en reprenant simplement la promotion de l’exposition : “All the artists in the show have been given strict instructions not to have a good time and have been chosen for their penchant for the quirky anyway. Expect the worst!” – « Tous les artistes exposants ont reçu la stricte instruction de ne pas prendre du bon temps et ont été choisis pour leur penchant pour le bizarre, de toute façon. Attendez-vous au pire ! »

Signal Gallery, 32 Paul St, EC2A 4LB from 29 November – 21 December.

http://www.signalgallery.com/

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A propos Al'

Exilée outre-manche, plongée dans ces cultures alternatives dont elle se targue de faire partie, Alice, ou Marion, ou Leopold traine les rues londoniennes telle un Jack l’Eventreur aux intérêts esthétiques et artistiques quasi schizophrènes. Spécialisée dans le XVIIIe siècle et l’époque victorienne, addict au street-art contemporain et aux églises médiévales, passionnée par les lieux de création atypiques (les pubs ?) et les médias pas toujours reconnus comme artistiques (les jeux vidéo ?), n’en concluez pas pour autant qu’elle n’est qu’une punk-nerd-alcoolique : c’est presque faux, elle prépare aussi son futur doctorat :).

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