Les catacombes de Palerme

C’est lors de vacances, pas forcément destinées à être culturelles, que j’ai découvert ce lieu digne d’un film de Tim Burton. Des squelettes accrochés au murs par le cou ou couchés, vêtus de leurs plus beaux vêtements mortels, le visage figé dans un rictus immuable. Ils sont à quelques centimètres de nous, leurs orbites vides fixant le visiteur. L’aspect dérangeant, voir même effrayant de ce lieu est vite transformé en une sorte de fascination pour la brutalité de cette exposition. On a parfois du mal à réaliser qu’il s’agit bien de véritables corps, d’êtres humains présentés dans leur aspect le plus brute. Je ne nierai pas d’ailleurs avoir été profondément perturbée et émue face aux minuscules squelettes d’enfants. Une partie des catacombes qui peut même être perçue comme insoutenable par certains.

Habitués aux cimetières composés de tombes alignées, presque « rangées » les unes à côté de autres, les cercueils emprisonnés par des tonnes de terres et de lourdes pierres tombales, où le corps mort est presque entièrement nié, le visiteur a du mal à imaginer comment pouvaient être les catacombes au moment où les corps ont été déposés.

C’est à la fin du XVIème siècle que les moines du monastère des Capucins décidèrent de construire une crypte destinée à palier au manque de place du cimetière. Le premier des morts à avoir été accueilli dans ce lieu était l’un des frères, Silvestro de Gubbio, il a aussi été le premier à être momifié. Cette crypte n’était destinée à l’origine qu’aux seuls moines. Peu à peu, se faire inhumer dans ce sous-sol est devenu la marque d’un certain prestige social et était réservé aux seuls membres de l’aristocratie sicilienne et aux membres du clergé. Autour de l’ilot central, les femmes sont entre elles, les moines reste en famille tout comme les membres de l’armée. Certains corps sont conservés dans des cercueils de verre scellés.

Certains squelettes ne sont pas encore complètement décharnés, alors qu’ils datent pour la plupart du XIXème siècle, grâce à la technique d’embaumement utilisée pour les conserver. Avant d’être exposés, ils étaient déshydratés et lavés au vinaigre. L’excellente qualité de conservation est également du à une tradition qui voulait qu’on rendit visite à ces morts et qu’on changea les pièces de leurs vêtements qui étaient abimées. Ce sont aussi les familles qui veillaient à ce que les corps restent en place. En effet, c’est grâce à leurs dons que les catacombes étaient entretenues. Au moment où les donations faites pour un mort s’arrêtaient, celui-ci était entreposé sur une étagère

Aujourd’hui accessibles aux touristes, les catacombes n’accueillent cependant officiellement plus de nouveaux corps depuis 1880. Les des dernier enterrement fut celui de Rosalia Lombardo, morte à l’âge de deux ans d’une pneumonie. Son corps est certainement celui qui touche le plus le visiteur, il est considéré comme une véritable œuvre d’art. Il a été embaumée par un sicilien du nom de Salafia d’après une technique qu’il a emporté dans sa tombe. Preuve de l’amour que la mère portait à son enfant, le momie de cette petite fille semble être hors du temps, plongée éternellement dans un profond sommeil. Le nœud qu’elle porte dans les cheveux finissant de la rendre encore plus vivante.

Le tourisme a malheureusement véritablement changé l’atmosphère du lieu et surtout participe à la destruction progressive des 8000 « momies » à cause d’une importance concentration de gaz carbonique et à l’ouverture de plusieurs fenêtre destinées à l’éclairage. Les conditions si propices à la conservation des corps en est totalement modifiée

Ce lieu marque profondément les esprits et il ne faut certainement pas s’y rendre en pensant passer simplement un moment de détente. Les âmes sensibles peuvent être profondément bouleversées par cette visite. Mais il ne faut pas non plus s’effrayer et renoncer à aller voir ce lieu, berceau d’histoire et d’émotion.

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A propos Aurore Drouhin

Doctorante en histoire de l'art médiévale, Aurore aime autant admirer les sculptures romanes et gothiques que les nerdy nummies. Pocahontas des temps modernes, elle apprécie de découvrir, au détour de la rivière, de nouvelles expériences artistiques et sensorielles. Spécialisée dans l'étude des images de dévotion sculptées, elle s'intéresse autant à la chrétienté du monde occidental qu'au Dieu de Battlestar Galactica. Elle aime parcourir le vaste monde du spectacle vivant à la recherche de projets innovants, ses bottines pailletées vissées aux pieds. Pour cette passionnée de phénomènes inexplicables, parler d'art ne se limite pas seulement à analyser froidement des formes et des couleurs, il s'agit de raconter une expérience sensible...

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